L’organisation gestionnaire du travail au détriment du travail vivant

24 juillet 2026

Le travail fait partie de nos vies et il est intéressant d’écouter, d’observer dans notre société française qu’il est présenté principalement comme un lieu de souffrance, de contraintes impactant notre santé, nous empêchant de profiter pleinement de notre vie en attendant la sacro-sainte retraite.

Or le travail peut aussi être vu comme un espace d’accomplissement, d’apprentissage. Il aurait pour vocation d’être un lieu favorable à l’émancipation.
Ainsi, à quelles conditions le travail peut-il participer à l’émancipation de soi ? Et à l’inverse, quelles sont les conditions de travail qui participent à la domination ? Car l’organisation du travail est une manière de poser les règles de domination.

1 – Le travail, un lieu démocratique et de coopération

Le travail doit nous permettre de développer des habiletés et des savoir-faire démocratiques.
Car nous travaillons avec et pour autrui. L’autre est toujours impliqué.

En effet, au cœur du travail, il y a la coopération : faire l’expérience de la coopération, dans ses trois dimensions, car nous ne travaillons jamais seuls.

Trois dimensions existent :
 La coopération verticale : hiérarchie
– La coopération horizontale : entre pairs
 La coopération pour autrui : transverse
          ▫ Directe : bénéficiaire
          ▫ Cité : société (rapports des hommes entre eux)
▫ Environnement : écologique

Tout travail engage le destin d’autrui, de la société et de l’humanité.
Il n’y a donc pas de neutralité dans le travail.

L’intérêt est que cette coopération puisse faire évoluer la coordination (les règles, les standards, le prescrit) nécessaire au fonctionnement de toute structure. Si cela n’est pas possible, on fait l’expérience de la domination et la coopération devient impossible.

Car quand l’écart entre le travail prescrit et le travail réel (effectif) est trop important, chacun des travailleurs fait à sa manière pour réaliser son travail, et donc l’expérience du collectif n’est pas possible.

Alors comment identifier, repérer ces organisations gestionnaires du travail, et quelles en sont les caractéristiques clés ?

2 – Les caractéristiques des organisations gestionnaires du travail

Cinq traits les caractérisent :

1 – Évaluation individualisée des performances

Une évaluation quantitative très convaincante occultant le travail réel. Cette évaluation quantitative produit de la compétition au détriment du collectif.

La course à l’activité, au rendement productif, ne permet pas de penser, d’imaginer le travail différemment et de le vivre pleinement. Elle dégrade la coopération et la qualité du travail.
Par conséquent, elle augmente la solitude et l’isolement, et donc le risque de pathologie.

En effet, l’explosion du harcèlement n’est pas imputable à une augmentation des signalements de harcèlement, mais à une augmentation de l’individualisation et donc de l’isolement.
Elle dégrade la qualité du travail en rendant impossible la coopération.
Or, la coopération est une subversion de la coordination prescrite.
Cette subversion est nécessaire pour s’ajuster au réel du travail prescrit.

2 – Doctrine de la qualité totale

La qualité totale induit une culture du mensonge. L’échec, l’erreur ne sont pas acceptables, car chaque production doit être conforme dans les délais exigés.
Or travailler, c’est faire l’expérience du réel, des contraintes organisationnelles, et donc de l’échec et de l’humilité.

3 – Standardisation des processus, uniformisation

On peut avoir une pluralité d’opinions et une unification dans l’action sans standardiser l’ensemble des opérations.

En effet, le travail prescrit est défini, dicté par l’organisation gestionnaire du travail (étapes standardisées). Ce cadre de travail est nécessaire pour structurer les activités et permettre à chacun de partager des règles de fonctionnement communes.
Or la limite est de considérer que le travail de qualité est celui qui est respecté à la lettre, quelle que soit la situation, la réalité du terrain. La conséquence de cette application stricto sensu de la règle va mettre en panne le travail : le travailleur se désengage en mettant son intelligence en mode off. Il applique les règles et ne les remet pas en question. L’évolution des pratiques n’est pas autorisée.
Car pour un travail de qualité, il faut amener une part de transgression. Il faut du prescrit et de l’intelligence rusée. Cette intelligence est dans l’expérience du travail. Ce sont les trucs et astuces de tout travailleur expérimenté.

4 – Façade (distorsion communicationnelle)

La quatrième caractéristique de l’organisation gestionnaire du travail est d’allouer des moyens conséquents à la communication externe pour donner une image positive de l’entreprise à l’extérieur.
Cette distorsion est aussi visible en interne quand les processus de communication servent à décrire un réel qui n’est pas l’expérience du réel. C’est une technique de domination.

5 – Précarisation de l’emploi : CDD, contrats de prestations, ubérisation

Enfin, une caractéristique des organisations gestionnaires du travail est l’accroissement de la précarisation du travail, qui sabote la coopération et la solidarité.
Les désaccords apparaissent car les enjeux sont différenciés, et cela crée des clans.

Finalement, à la lecture de ces éléments, est-ce vraiment le travail qui pose problème, ou la façon dont nos organisations s’en emparent ?

Pour commencer à soigner nos organisations malades, il serait intéressant de prendre le temps de construire de la coopération, qui permettrait ainsi d’abandonner certaines inclinations individuelles au bénéfice du collectif.

Les rituels de management mis en place dans les organisations peuvent permettre cette coopération, à condition de se poser la question suivante :
De quels espaces-temps disposons-nous pour interroger la qualité de notre travail, pour de vrai ?

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- 24 juillet 2026

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