Le Manuel de bonnes pratiques de l’intérim (édition janvier 2026), destiné aux agences d’emploi et aux entreprises utilisatrices, propose un cheminement en 11 étapes pour sécuriser la délégation : préciser le besoin, sélectionner le bon profil, préparer l’accueil, suivre la mission, gérer les incidents et capitaliser après mission, avec un accent fort sur le dialogue régulier et transparent entre les deux parties.
Faire appel à l’intérim permet de répondre rapidement à un besoin de renfort ou de compétences tout en maintenant un cadre de travail sûr. Le point clé, c’est le partenariat “actif” : en restant en contact et en partageant les informations essentielles, entreprise et agence peuvent ajuster la mission, détecter rapidement les anomalies et agir ensemble en cas de situation à risque.
1) Anticiper les besoins
Ne pas attendre l’urgence : identifier les postes sur lesquels un besoin est prévisible et préparer des supports (fiches descriptives, fiche “client”, visites d’entreprise) pour fluidifier les demandes et la compréhension du terrain.
2) Définir et décrire le poste
Transmettre à l’agence une description claire et complète (tâches, organisation, matériel/outils, compétences, horaires, risques, etc.), idéalement formalisée via une fiche de poste / fiche de liaison.
3) Éviter les travaux interdits aux salariés temporaires
Vérifier que la mission ne comporte pas de travaux dangereux interdits ; deux exceptions existent (appareils hermétiquement clos en marche normale, ou autorisation DREETS après avis médical et CSE si existant).
S’assurer aussi qu’aucune tâche n’implique des éléments de la liste de 27 substances/tâches (D4154-1) : en cas de doute, l’évaluation des risques doit démontrer l’absence de substance interdite produite/émise.
4) Identifier les postes à risques particuliers
Dès qu’un poste présente des risques particuliers, un accueil adapté et une formation renforcée à la sécurité deviennent indispensables.
Des expositions typiques sont citées (hauteur, rayonnements ionisants, agents biologiques, produits chimiques dangereux, fumées de soudage, poussières, etc.).
5) Anticiper les aléas
Mettre en place des échanges en amont (ex. comité de pilotage, process de suivi, bilan) pour mieux gérer les imprévus (accident, adaptation de poste…).
Point de vigilance : changer l’affectation sans informer l’agence augmente le risque d’accident (adéquation compétences/aptitude/tâches/équipements non garantie).
6) Préparer l’accueil et la formation
Avant l’arrivée : préparer administrativement (documents, contrats, planning, accès, matériel/EPI, SIRH) et opérationnellement (désigner/organiser des tuteurs, les former, transmettre un programme de formation, assurer la traçabilité, prévoir des évaluations).
7) Informer et sensibiliser avant la délégation
Côté agence : vérifier la faisabilité, analyser le besoin, sécuriser l’adéquation profil/poste, transmettre à l’intérimaire les informations et documents utiles, et réaliser une sensibilisation aux risques (environnement + poste).
La sensibilisation doit être un temps d’échange adapté, et ne peut pas se réduire à un test.
8) Accueillir et former (sur le terrain)
Rester concret : visite de site, repérage, procédures d’urgence, zones à risques, consignes générales, vérification des prérequis (formations, aptitude médicale, diplômes/certifications), et échange sur le signalement des anomalies + droit d’alerte/retrait.
La formation au poste peut suivre une trame simple (organisation, tâches, risques & prévention, matériel/logiciels, procédures), avec une évaluation de l’autonomie ; en cas de changement de poste, réévaluer les risques et reformer avant prise de fonction.
Côté EPI : l’entreprise valide le choix, garantit l’adaptation et le bon état, remplace si besoin ; les intérimaires ont les mêmes EPI que les permanents et ne doivent pas en supporter le coût.
9) Encadrer et suivre pendant la mission
L’entreprise encadre et accompagne tout au long de la mission (consignes claires, suivi régulier, disponibilité) et veille à ce que les tâches réalisées correspondent au contrat ; elle informe l’agence de toute évolution (poste, rythme, matériel, conditions).
L’agence maintient le contact, réagit aux alertes et relaie les informations critiques ; des points de suivi réguliers et bilans intermédiaires sont recommandés.
10) Agir en cas d’accident ou d’incident
L’analyse doit combiner documents, observations sur place et entretiens, et être menée conjointement entreprise/agence.
Rappels : l’accident du travail d’un intérimaire est déclaré à la CPAM par l’agence ; l’entreprise transmet le Cerfa 60-3741 ; et l’accident ne doit pas être inscrit sur le registre des accidents bénins de l’entreprise utilisatrice.
Les actions de prévention doivent viser en priorité la suppression du danger, la réduction à la source, la protection collective, puis la formation ; si déploiement différé, prévoir des mesures immédiates (organisation temporaire, consignes, EPI…).
La démarche doit rester factuelle, sans recherche de responsabilité, pour éviter de nouveaux accidents.
Après analyse, mettre à jour le DUERP et actualiser le programme annuel de prévention.
11) Faire le bilan après mission et capitaliser
Les retours d’expérience servent à mesurer la satisfaction, la qualité du travail et les axes d’amélioration, côté entreprise, agence et intérimaires.
À explorer notamment : qualité et timing des infos avant mission, accueil/formation, conformité des tâches, état des EPI/matériel, intégration/autonomie, incidents/expositions non identifiés, améliorations possibles.
Conclusion
Une mission réussie repose sur l’engagement conjoint entreprise/agence : attentes clarifiées, informations essentielles partagées, contact maintenu et imprévus gérés de façon coordonnée et transparente.
